La réputation d'« imblocable » du proxy mobile n'est pas un argument marketing, mais la conséquence d'une architecture réseau. Cette architecture porte un nom : CGNAT — Carrier-Grade Network Address Translation. Une fois comprise, le choix du type de proxy selon l'usage devient beaucoup plus clair.
Du NAT au CGNAT
Le routeur de votre domicile fait déjà du NAT : les adresses privées du téléphone, de l'ordinateur et de la TV sont traduites en une seule IP publique. Le CGNAT est la même idée portée à l'échelle de l'opérateur — sauf qu'ici, ceux qui partagent l'adresse ne sont pas les appareils d'un même foyer, mais des milliers d'abonnés qui s'ignorent.
Sur les réseaux mobiles, les deuxième et troisième couches s'imbriquent. L'adresse attribuée à votre téléphone est généralement déjà une adresse privée (plage 100.64.0.0/10).
Comment fonctionne le partage de ports ?
Une adresse IPv4 dispose de 65 535 ports. Le CGNAT répartit ces ports entre les abonnés par blocs. Si l'on attribue par exemple 1 000 ports à chaque abonné, une seule IP publique peut desservir environ 64 abonnés. Avec une répartition plus agressive, ce nombre se chiffre en milliers.
En tenant cette table, l'opérateur achemine la réponse entrante vers le bon abonné. Lorsque la table est saturée, les nouvelles connexions sont refusées — c'est l'une des causes des messages « connexion impossible » que l'on rencontre parfois sur les réseaux mobiles.
Pourquoi les plateformes ne bloquent-elles pas les IP mobiles ?
Lorsqu'une plateforme bloque une adresse IP, elle bloque tous ceux qui l'utilisent. Pour une IP datacenter, ce coût est quasi nul — il n'y a aucun utilisateur réel derrière. Pour une IP mobile, en revanche, des milliers d'abonnés réels sont affectés.
Face aux IP mobiles, les plateformes privilégient l'analyse comportementale plutôt que le blocage. La discipline comportementale reste donc essentielle, y compris lorsque vous utilisez un proxy mobile.
Le proxy mobile vous protège du blocage basé sur l'IP, mais pas de la détection comportementale. Des actions trop rapides, des schémas de session suspects et une empreinte d'appareil incohérente sont également détectés sur une IP mobile.
Les effets secondaires du CGNAT
Si cette architecture fait la force du proxy mobile, elle impose aussi certaines limites :
- Aucune connexion entrante possible : un appareil situé derrière un CGNAT n'est pas joignable depuis l'extérieur ; la redirection de port est impossible.
- Épuisement des ports : si un grand nombre de connexions simultanées sont ouvertes depuis la même IP, la table peut se saturer.
- Imprécision géographique : comme le pool de l'opérateur s'étend sur une vaste région, la précision à l'échelle de la ville est faible.
- Effet de voisinage : si un autre abonné partageant la même IP déclenche une limitation de débit, vous pouvez en subir les conséquences.
- Restrictions de session : certains services peuvent associer entre eux les nombreux comptes provenant d'une même IP.
La plupart de ces problèmes tiennent à la nature même de l'architecture ; la configuration ne permet pas de les supprimer totalement, seulement d'en atténuer les effets.
IPv6 et CGNAT
À mesure que les opérateurs passent à IPv6, le besoin de CGNAT diminue, puisque chaque abonné peut recevoir un grand nombre d'adresses. Pour le proxy mobile, ce n'est pourtant pas un avantage, mais un inconvénient potentiel: si le partage d'adresses diminue, le coût d'un blocage d'IP baisse lui aussi.
Pour l'instant, la grande majorité des réseaux mobiles continue d'utiliser le CGNAT sur IPv4, et la plupart des sites cibles voient encore des connexions IPv4. Pour les différences côté IPv6, notre comparatif IPv4-IPv6 vous pouvez le consulter.
Votre connexion passe-t-elle par un CGNAT ?
Si, en données mobiles, l'IP attribuée à votre appareil diffère de l'IP vue depuis l'extérieur, c'est que vous êtes derrière un CGNAT :
Pour voir rapidement votre IP de sortie, vous pouvez aussi utiliser Mon adresse IP notre page dédiée.
Résumé
Le CGNAT est la réponse des opérateurs à la pénurie d'IPv4, et l'explication en une phrase de la puissance du proxy mobile : une seule IP, des milliers d'abonnés réels. Cette densité rend économiquement difficile toute décision de blocage par les plateformes. En contrepartie, il faut accepter une concurrence réduite, une faible précision géographique et l'effet de voisinage. Le proxy mobile est solide face au blocage basé sur l'IP, mais pas face à l'analyse comportementale. Pour le détail des offres, notre page dédiée aux proxys mobiles vous pouvez le consulter.